Appel à contributions : Formes historiques de la comparaison des langues romanes, ICHoLS 17, 23-27 aout 2027, Brésil
Colloque : ICHoLS 17 (International Conference on the History of the Language Sciences)
Lieu et dates : Universidade Federal Fluminense (Brésil), du 23 au 27 aout 2027
Soumission des communications orales : Du 9 octobre 2026 au 19 novembre 2026
Site du colloque : https://ichols.org/
Descriptifs des ateliers thématiques : https://ichols17.academiacc.com.br/evento/index.php?slug=2027&page=unidades
Contact : alejandro.diazvillalba@sorbonne-nouvelle.fr
Formes historiques de la comparaison des langues romanes
Atelier thématique ouvert
organisé par Alejandro Díaz Villalba (Université Sorbonne Nouvelle / HTL)
et Muriel Jorge (Sorbonne Université, Université Paris Cité / HTL)
Les traditions grammaticales propres à chacune des langues romanes, dont la codification a débuté à la Renaissance, présentent la particularité d’entretenir un rapport double au latin, d’ordre linguistique et métalinguistique : non seulement les langues décrites sont issues de la langue latine, mais elles ont été grammatisées à partir de la tradition de la grammaire latine. Elles s’inscrivent à ce titre dans le cadre intellectuel fondé sur la matrice grammaticale partagée qu’on a appelée la grammaire latine étendue (Auroux, 1994).
Cependant, malgré l’existence de cet espace commun de pensée linguistique, à l’intérieur duquel les idées, les pratiques descriptives et les données peuvent circuler, la fidélité au cadre latin reste très variable d’un texte grammatical à l’autre et le souci de faire apparaître les spécificités des vernaculaires par rapport à la langue latine devient de plus en plus prégnant, aboutissant à une renégociation de cette relation. Dans le même temps, les grammairiens recourent à la comparaison entre les langues romanes dès les débuts de leur grammatisation (XVIe-XVIIe siècles) en réponse à des objectifs divers (Díaz Villalba et Elalouf 2015) : attester leur parenté, faciliter leur apprentissage, mettre en regard des phénomènes linguistiques similaires…
À partir du XIXe siècle, la comparaison entre les langues romanes revêt d’autres formes. Elle se développe rapidement en rapport étroit avec la grammaire comparée des langues indo-européennes – les langues romanes étant elles-mêmes une branche de cette famille – qu’elle contribue toutefois à renouveler en vertu de la richesse de leur documentation. Cette comparaison relève d’une approche épistémologique nouvelle, dans laquelle l’histoire et la régularité des changements phonétiques prennent une valeur explicative. À cela s’ajoute un intérêt croissant pour la diversité des parlers romans, au-delà des grandes langues nationales. Comparer permet de les classer et de les hiérarchiser, répondant ainsi au besoin – alors aigu – de distinguer entre « langues » et « dialectes ». La Romanistik qui s’institutionnalise, en Allemagne d’abord à la suite de Diez, « offre, en effet, plus qu’aucune autre discipline au sein des philologies, les potentialités heuristiques de la comparaison » (Lüsebrink, 2014 : § 12). La diffusion du comparatisme roman a permis, entre autres, le développement de l’approche diachronique dans les traditions linguistiques romanes (Stéfanini, 1971).
Dans le prolongement de Swiggers (1987), plutôt que d’opposer le paradigme de la grammaire comparée à une simple « préhistoire du comparatisme », cet atelier visera à mettre en évidence la diversité des formes et des enjeux de la comparaison des langues romanes des premières tentatives de grammatisation des vernaculaires à nos jours et sous des angles divers.
Les communications pourront aborder les thématiques suivantes (liste non exhaustive) :
- Acteurs, espaces et usages de la comparaison des langues romanes
– Qui sont les acteurs de la comparaison des langues romanes ?
– Dans quels espaces (culturels, nationaux, internationaux) cette comparaison s’inscrit-elle ? Dans quels réseaux de circulation des savoirs est-elle déployée ?
– Quelles sont les finalités attribuées à cette comparaison ? Quels discours sur les langues romanes véhicule-t-elle ?
Ex : Quelle est la langue la plus proche du latin ? Quel est le « meilleur » dialecte, le plus « pur » ? Quel est leur « génie » respectif ?
– Quel rôle la comparaison joue-t-elle dans la normalisation ou la standardisation des langues ?
2. Pratiques et méthodes du savoir sur les langues romanes
– Quelles sont les méthodes et les outils (lexiques, dictionnaires, grammaires, traités théoriques, manuels de langues…) mobilisés pour comparer les langues romanes ?
– Quelle est la place accordée à la diachronie dans ces pratiques ? Quelles relations entretiennent la comparaison des langues romanes et la réflexion sur le changement linguistique ?
– Sur quelles données se fonde cette comparaison ? Quelle est la place accordée aux différentes variétés (normées ou non) ? Quels sont les éléments du système linguistique pris en compte dans la comparaison (lexique, morphologie, syntaxe…) ?
– Quelle est la validité de la comparaison entre langues romanes ? Avec le latin ?
– Comment explique-t-on la proximité constatée entre langues romanes ? Sur quelles bases envisage-t-on des causes autres que phylogénétiques ?
Ex : le résultat de la « relatinisation », les emprunts entre ces langues, les influences extérieures, etc.
3. Courants et traditions de description et de théorisation
– Le recours à la comparaison dans la tradition grammaticale et lexicographique depuis les débuts de la grammatisation des vernaculaires jusqu’à aujourd’hui.
– La place des langues romanes dans les grammaires générales. La comparaison du domaine roman constitue-t-elle un objet développé dans ce projet intellectuel ?
– Le rôle de la comparaison des langues romanes dans la constitution et l’institutionnalisation de la discipline « linguistique » à partir du XIXe siècle.
– La place de la comparaison dans l’élaboration et la diffusion de méthodes d’apprentissage des langues romanes.
Références citées
Auroux, S. (1994), La révolution technologique de la grammatisation introduction à l’histoire des sciences du langage, Mardaga, Liège.
Díaz Villalba, A., Elalouf, A. (2015), « La representación de la lengua española en las gramáticas y las remarques en Francia en los siglos XVI y XVII », in J.M. García Martín (éd.), Actas del IX Congreso Internacional de Historia de la lengua española (Cádiz, 2012), vol. II. Madrid/Franckfurt, Iberoamericana/Vervuert, pp. 2359-2376.
Lüsebrink, H.-J. (2014), « Trajectoires romanistes », in Revue germanique internationale, n° 19, pp. 25‑39.
Stéfanini, J. (1971), « Sur la grammaire historique du français », in Langue française, Vol. 10, n° 1, pp. 7‑30.
Swiggers, P. (1987), « Comparaison des langues et grammaire comparée. Réflexions méthodologiques », in Linguistica, Vol. 27, n° 1, pp. 3‑10.
