38e colloque du CerLICO « Temporalité et relations temporelles, de la langue au discours »,
7-8 juin 2027, Caen
Site de l’événement : lien
Date limite d’envoi des propositions : 15 décembre 2026
Date de notification aux auteurs : 15 février 2027
Ouverture des inscriptions : 15 mars 2027
Publication du programme définitif : 30 avril 2027
Date du colloque : 07 et 08 juin 2027
Modalités de soumission : Les propositions anonymes sont à déposer sur sciencesconf avant le 15 décembre 2026. Elles devront préciser l’axe choisi et comporteront une présentation de la problématique et des données (environ 500 mots) ainsi qu’une brève bibliographie. Elles pourront être rédigées en français ou en anglais.
Argumentaire :
L’activité de langage se déploie dans le temps, et les langues ne peuvent être pensées indépendamment des temporalités qui les traversent : elles se transmettent, se transforment et se diversifient au fil des usages et de l’histoire. La linguistique a permis de saisir différentes dimensions de cette prise au temps. Ferdinand de Saussure a ainsi mis en évidence la tension entre synchronie et diachronie : toute langue est à la fois un système saisi dans un état donné et une réalité en perpétuelle évolution. De même, la distinction entre langue et parole rappelle que les usages individuels participent continuellement aux transformations de la langue. Dans cette perspective historique et sociale, Antoine Meillet a montré que le changement linguistique ne saurait être expliqué par les seuls mécanismes internes de la langue. Les mots et les expressions évoluent également sous l’effet des transformations sociales, des contacts entre populations ou encore des modifications des conditions de transmission. Cette articulation entre temporalité linguistique et temporalité sociale est prolongée par la sociolinguistique variationniste de William Labov, qui souligne la manière dont les variations observables dans les usages ordinaires constituent le lieu même des changements linguistiques en cours.
Émile Benveniste, quant à lui, déplace la réflexion vers l’énonciation, où le temps devient une dimension constitutive du sujet parlant. Ses travaux sur les catégories de personne et de temps montrent que tout acte d’énonciation s’ancre dans un présent, repère zéro, à partir duquel s’organisent, au moyen de marques linguistiques, les rapports entre passé, présent et avenir. Le discours ne se déploie donc pas seulement dans le temps : il construit une expérience du temps.
On pourra aussi citer Mikhaïl Bakhtine chez qui la temporalité prend une dimension dialogique dans la mesure où tout énoncé s’inscrit dans une chaîne ininterrompue de réactions, de réinterprétations et de réappropriations. Le langage apparaît alors comme un espace de circulation des voix, où se croisent mémoire discursive, héritages culturels et usages présents. La temporalité se manifeste enfin dans l’organisation interactionnelle des échanges. Les travaux de Harvey Sacks montrent que les interactions reposent sur une coordination temporelle fine des tours de parole, des reprises, des silences, des chevauchements et des ajustements mutuels, à travers lesquels le sens se construit progressivement au fil de l’échange.
L’édition 2027 du colloque du CerLiCO s’inscrit dans cet héritage et invite des contributions portant sur la temporalité et les relations temporelles, de la langue au discours. L’objectif est de réunir des chercheurs issus de différentes sous-disciplines et de divers cadres théoriques afin d’éclairer les problématiques contemporaines liées aux rapports du langage et des langues au temps.Sans prétendre à une délimitation exhaustive du sujet, les communications pourront notamment s’attacher à interroger les points suivants :
L’expression du temps dans la langue et le discours :
- De quelles manières les langues représentent-elles le temps à travers les catégories du temps et de l’aspect ? Comment ces catégories s’articulent-elles avec les catégories connexes de la modalité et de l’évidentialité pour former des systèmes TAM(E) (Temps, Aspect, Modalité, Évidentialité) ?
- Par quels moyens lexicaux ou grammaticaux les langues encodent-elles ces catégories ? Dans quels systèmes ces formes s’intègrent-elles et comment ceux-ci sont-ils structurés ? Quelles sont les tendances typologiques dominantes et les phénomènes marginaux ou rares dans l’organisation des systèmes temporels (verbaux ou autres) à l’échelle des langues, et comment se répartissent-ils selon les aires linguistiques ?
- Comment les expressions porteuses d’un sens temporel s’interprètent-elles en discours ? Comment s’articulent le sens encodé et les différents niveaux d’interprétation en contexte (explicature, implicature, relations temporelles discursives)? Quelles marques non canoniques (par exemple dans des énoncés non verbaux) peuvent également contribuer, en discours, à l’expression du temps sans l’encoder linguistiquement ? Comment l’interprétation temporelle est-elle assurée en absence d’encodage linguistique explicite ?
Les langues dans le temps :
- Quelles caractéristiques des états de langues passés peut-on documenter à travers les corpus ? Quelles évolutions diachroniques (phonologique(s), morphologique(s), syntaxique(s), lexicale(s), sémantique(s)) peut-on retracer à travers l’histoire d’une langue donnée ? Quelles sont les étapes et le rythme du changement linguistique ? Dans quelle mesure celui-ci s’inscrit-il dans une périodisation de l’histoire de la langue ?
- Quelle est la nature du changement linguistique (métaphore, métonymie, schématisation, abstraction) ? Quels sont les mécanismes sous-jacents (réanalyse, analogie, grammaticalisation, conventionnalisation d’inférences) ? Quel rôle jouent les pressions systémiques (changements en chaîne, restructurations) ? Quels facteurs cognitifs, sociaux ou historiques sont à l’œuvre (économie, expressivité, routinisation des usages, contact de langues) ? Quelles formes de variation synchronique révèlent les changements linguistiques en cours, notamment à travers la coexistence de variantes relevant de registres et de pratiques discursives différents ?
L’organisation et les contraintes temporelles et rythmiques du discours :
- En quoi l’organisation temporelle et rythmique de la parole et du discours (rythme, durée des segments, accentuation, intonation, gestion des pauses, organisation des tours de parole, chevauchements en interaction) constituent-elles une dimension centrale du fonctionnement prosodique et interactionnel du langage ?
- Quel rôle ces phénomènes jouent-ils dans l’intelligibilité de la parole, la structuration du discours et l’ajustement intersubjectif entre locuteurs ?
- De quelle manière le degré de préparation du discours influence-t-il les formes linguistiques produites ?
- Quels effets la pression temporelle exerce-t-elle sur le discours et l’organisation de la parole ?
- Comment les phénomènes de synchronisation, d’anticipation et de chevauchement participent-ils à la co-construction de la temporalité dans les interactions dialogiques ?
Les contributions relevant notamment de la phonétique, de la prosodie, de l’analyse du discours, de la linguistique énonciative, de la linguistique interactionnelle, de la pragmatique, de l’analyse conversationnelle ou encore du traitement automatique de la parole sont les bienvenues, en particulier celles portant sur l’organisation temporelle et rythmique de la parole et du discours dans différents contextes communicatifs et situations d’interaction.
Dimensions temporelles dans l’analyse de l’oral et de la multimodalité :
- Comment la temporalité se construit-elle dans les interactions orales multimodales, à travers l’articulation entre parole, gestes, regards, prosodie, mimiques, postures et mouvements corporels ? Quels mécanismes de synchronisation et d’alignement régissent les coordinations multimodales et comment contribuent-ils à l’organisation de l’interaction, ainsi qu’à l’interprétation du discours ? En quoi les phénomènes rythmiques, prosodiques et gestuels constituent-ils des marqueurs des dynamiques temporelles de l’oral et de la multimodalité ?
- Comment les locuteurs intègrent-ils en temps réel les indices multimodaux dans la production, la compréhension et l’anticipation du discours ? Comment les temporalités multimodales varient-elles selon les contextes d’interaction (didactiques, institutionnels, numériques, médiatiques, conversationnels, présentiels ou médiatisés) ?
- Quels apports offrent aujourd’hui les dispositifs expérimentaux et méthodologiques (oculométrie, capture de mouvements, analyses synchronisées audio-vidéo, mesure des temps de réaction) à l’étude des interactions orales multimodales ? Quels défis posent la transcription, l’annotation, l’automatisation et le traitement numérique des phénomènes temporels et multimodaux dans les corpus oraux ? Dans quelle mesure les approches computationnelles, l’intelligence artificielle et les recherches sur l’interaction homme-machine permettent-elles de reconnaître, modéliser ou prédire les synchronisations multimodales ?
Méthodes, outils et cadres analytiques de l’étude de la temporalité linguistique :
- Quelles méthodes et quels dispositifs permettent d’étudier la temporalité linguistique à partir de corpus annotés, de l’extraction de l’information à son analyse (semi-)automatisée ? Comment les choix de constitution et d’annotation des corpus orientent-ils l’analyse de la temporalité linguistique ?
- Quels apports et quelles limites présentent les standards d’annotation comme Universal Dependencies ou TreeTagger, ou le format XML-TEI pour l’étude des phénomènes temporels ? Comment articuler exigences de standardisation des données et prise en compte de la complexité des usages linguistiques du temps ? Dans quelle mesure les outils et formats d’analyse contribuent-ils à construire la temporalité linguistique comme objet scientifique ?
- Comment les différentes traditions linguistiques ont-elles conceptualisé la temporalité et construit leurs catégories d’analyse ? Que révèlent les oppositions conceptuelles (p. ex. time vs. tense, parfait vs. aoriste) sur l’histoire des idées linguistiques ? Quels cadres théoriques et méthodologiques (psychomécanique du langage, approche référentielle, sémantique formelle, linguistique cognitive, théorie de la Pertinence, approches textuelle ou discursive, théories de l’énonciation, TOPÉ, linguistique diachronique, linguistique fonctionnelle / contrastive, psycho-linguistique, TAL, etc.) sont mobilisés pour étudier la temporalité ? Comment ces modèles influencent-ils à la fois l’analyse de la temporalité linguistique et la définition même de cet objet scientifique ?
Bibliographie indicative :
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Comité d’organisation
Yanka Bezinska (Université de Caen Normandie), Antonina Bondarenko (Université de Caen Normandie), Mathieu Goux (Université de Caen Normandie), Sophie Kraeber (Université de Caen Normandie), Adeline Patard (Université de Caen Normandie), Thierry Ruchot (Université de Caen Normandie), Yaru Wu (Université de Caen Normandie).
