Les constructions et la constructionnalisation en langue française, espagnole et italienne
20-21 octobre 2026, Universidad Complutense de Madrid
L’appel à contribution est prolongé du 30 juin jusqu’au 5 juillet 2026. Retrouvez les détails de l’appel ci-après :
Date : 20-21 octobre 2026
Lieu : Madrid (Espagne)
Site de l’événement : lien
Date de soumission : 5 juillet
Modalités de soumission :
‐ Les propositions de contributions devront faire entre 500 et 1000 mots, références comprises.
‐ Elles doivent indiquer l’hypothèse de départ, les objectifs visés, la démarche adoptée et les résultats attendus. Les communications pourront prendre la forme d’un questionnement théorique et/ou d’une étude de cas.
‐ Elles seront envoyées en versions, l’une Word et l’autre PDF.
‐ Elles seront envoyées à : <yahernan@ucm.es>
Calendrier :
15 juillet : Réponse aux auteurs.
30 juillet : Programme provisoire.
5 septembre : Délai inscription anticipée.
20 septembre : Délai inscription ordinaire
Frais d’inscription :
Inscription anticipée jusqu’au 5 septembre: 100 €.
Inscription ordinaire entre le 5 et le 20 septembre: 120 €
Comités d’organisation :
Yaiza Irene Hernández Muñoz – <yahernan@ucm.es>
Marta Saiz Sánchez – <marta.saiz@ucm.es>
Comité scientifique :
Emma Álvarez Prendes, Universidad de Oviedo.
Xavier Blanco Escoda, Universitat Autònoma de Barcelona.
Anna Carlier, Sorbonne Université.
Carmen Chacón García, Universidad Complutense de Madrid.
Renata Enghels, Ghent University.
Sonia Gómez-Jordana Ferary, Universidad Complutense de Madrid.
Carlota Piedehierro Sáez, Université Paris Cité.
Sophie Prévost, Université Sorbonne Nouvelle.
Amalia Rodríguez Somolinos, Universidad Complutense de Madrid.
Laurence Rouanne, Universidad Complutense de Madrid.
Margarita Borreguero Zuloaga, Universidad Complutense de Madrid.
Argumentaire :
Divers courants théoriques linguistiques contemporains envisagent la langue comme des suites de moules, de schémas lexicaux ou syntaxiques, ou de constructions plus ou moins figés. Dans la lignée des études de Igor Mel’čuk (2006 ; 2015, par ex.), certains linguistes se sont intéressés dans ces dernières années aux constructions, dénommées dansce cadre « pragmatèmes » (par ex. Blanco Escoda, 2013 ; et Blanco Escoda & Mejri, 2018). Il s’agit d’expressions monolexicales et/ou polylexicales avec un degré de figement syntaxique et lexical variable. Leur valeur sémantique n’est déchiffrable que dans une situation communicative donnée. C’est le cas de bonjour !, bonne nuit ! ou comment ça se passe ?, des énoncés libres – car ils véhiculent un sens pragmatique complet –, fortement ancrés dans un contexte sociolinguistique donné et qui n’admettent pas – dans ce cas – de variabilité lexicale. Gaston Gross (1996) parlait d’« expressions figées » pour décrire ce type de constructions ayant une polylexicalité formelle, un certain degré de figement et une opacité sémantique (passer son arme à gauche, les carottes sont cuites, un coup de brosse, un coup de téléphone). Le but de ce type d’analyse était, à l’époque, de réaliser un traitement automatique des langues, mais cette approche a été également productive dans le domaine de la didactique des langues (Mejri, Buffard-Moret, & Meneses-Lerín, 2020).
La réflexion théorique sur la notion de pragmatème s’est développée dans le domainefrancophone à partir des travaux menés par Mel’čuk depuis les années 19701, mais il existed’autres théories qui visent également à décrire le fonctionnement des unités linguistiquesqui dépassent la sphère phrastique. C’est le cas des théories de la Grammaticalisation et dela Pragmaticalisation, amplement répandues dans le cadre angloaméricain et européen (parex., Hopper & Traugott, 1993 ; Narrog & Heine, 2011 ; Dostie, 2004). Ces théories se centrent (1) aussi sur les processus-mêmes de création de ces unités linguistiques, d’où l’importance dela dimension diachronique dans cette approche. Au cœur de ces théories se trouve la notionde marqueurs du discours (2), termes et expressions ayant subi une évolution leur permettantd’avoir une autonomie syntaxique et de recruter, éventuellement, de nouveaux sens dans lasphère pragmatique. Un exemple, parmi des centaines d’autres, seraient les verbes àl’impératif comme tiens/tenez, dis, voyons ou allez, qui ont développé des usagesindépendants avec des valeurs propres au niveau discursif.
Dans ce même contexte scientifique (3) s’est développé un nouveau cadre théorique, celui de la Grammaire de constructions (par ex., Goldberg, 2003 ; Hoffmann & Trousdale, 2013 ou Hilpert, 2014), dans lequel une construction correspond à une association conventionnelle d’une forme et d’un sens (form-meaning pair). Dans le domaine francophone, l’approche constructiviste a été largement exploitée d’un point de vues yntaxique (par ex. Bouveret & Legallois, 2012). Cette théorie est particulièrement intéressante pour décrire l’évolution de la langue et le changement linguistique (par ex., Traugott & Troustdale, 2013 et Hilpert, 2021). La constructionnalisation (4) est un procédé qui aboutit à la création de nouvelles associations forme-sens et qui donne lieu à des changements lexicaux, morphologiques et sémantiques dans les constructions. D’après Traugott (: 49), « Constructionalization is the establishment of a new symbolic link between form and meaning which has been replicated across a network of language users, and which involves an addition to the construction ». L’auteure insiste sur la « conventionalization of a pairing of form and meaning and storage of that conventionalized pairing in the construction ».
Comme le rappellent Traugott et Trousdale (2014 : 272) lorsqu’elles abordent ce qu’elles dénomment des snowclones, beaucoup de travaux sur la constructionnalisation se sont penchés sur les expressions idiomatiques et sur des structures formulaires. Elles étudient ainsi des constructions telles que X be the new Y (Orange is the new Black). Ce type de structures (X be the new Y) se sont imposées dans la langue des locuteurs du XXIe siècle reliant un moule syntaxique (une forme) à un sens non compositionnel. Les marqueurs en voir, tels que voyons voir, regarde voir, dis voir, etc. sont également des variantes de la construction productive <impératif + voir>. L’approche constructionnaliste peut être appliquée à toutes les langues. De nombreux chercheurs ont travaillé sur les constructions en anglais (Hilpert, 2014 ; Traugott & G. Trousdale, 2010), mais également en français (Legallois & François, 2006 ; Legallois & Patard (éds.), 2017 ; Prévost & Carlier, 2021) et même en latin (Fedriani, 2014). L’approche contrastive et diachronique est tout aussi fructueuse, comme le montre la récente étude de Carlier, Vangaever et Pigère (2016) sur l’évolution des constructions progressives au gérondif en espagnol, italien et français.
Il s’agira, dans ce colloque, de réfléchir à la notion de construction, aussi bien d’un point de vue synchronique que diachronique, en adoptant différentes perspectives théoriques. On pourra présenter des analyses plutôt théoriques ou la description du fonctionnement d’une construction en particulier. Les propositions peuvent être ancrées dans les différentes composantes de la linguistique : morphologie, syntaxe, sémantique, pragmatique… Les recherches pourront concerner le français mais également d’autres langues, comme l’espagnol ou l’italien. Les langues de communication seront le français, l’espagnol et l’italien.
Références citées
Blanco Escoda, X. (2013). Les pragmatèmes : définition, typologie et traitement lexicographique. Blanco Escoda, X., & Mejri, S. (2018). Les pragmatèmes. Classiques Garnier.
Bouveret, M., & Legallois, D. (éds.). (2012). Constructions in French. Amsterdam : John Benjamins.
Carlier, A., Vangaever, J., & Pigère, L. (2026). Progressive gerund constructions in Spanish, Italian and French: Comparative and historical perspectives. En R. Engels, M. Garachana, & M. S. Sansiñena (Eds.), Periphrastic Constructions in Romance. Berlin/Boston : De Gruyter, 67–112
Fedriani, C. (2014). Experimental constructions in Latin (Brill’s Studies in Historical Linguistics, Vol. 3).
Fraser, B. (1999). What are discourse markers? Journal of Pragmatics, 31, 931–952.
Gross, G. (1996). Les expressions figées en français. Les noms composés et autres locutions. Ophrys.
Goldberg, A. E. (1995). Constructions : A construction grammar approach to argument structure. Chicago : University of Chicago Press.
Goldberg, A. E. (2006). Constructions at work: The nature of generalization in language. Oxford: Oxford University Press.
Heine, B. (2013). On discourse markers : Grammaticalization, pragmaticalization, or something else ? Linguistics, 51(6), 1205–1247.
Heine, B., Narrog, H., & Long, H. (2016). Constructional change vs. grammaticalization: From compounding to derivation. Studies in Language, 40(1), 137–175.
Hilpert, M. (2014). Construction grammar and its application to English. Edinburgh: Edinburgh University Press.
Hoffmann, T., & Trousdale, G. (éds.). (2013). The Oxford handbook of construction grammar. Oxford: Oxford University Press.
Hopper, P. J., & Traugott, E. C. (1993). Grammaticalization. Cambridge : Cambridge University Press.
Legallois, D., & François, J. (éds.). (2006). Cahiers du CRISCO nº 21 : Autour des grammaires de constructions et de patterns. Caen: CRISCO.
Legallois, D., & Patard, A. (éds.). (2017). Langue française nº 194 : Les constructions comme unités de la langue: Illustrations, évaluation, critique. Malakoff : Armand Colin/Dunod.
Mejri, S., Buffard-Moret, B., & Meneses-Lerín, L. (éds.). (2020). La phraséologie française en questions. Hermann.
Mel’čuk, I. (2006). Aspects of the theory of morphology. Berlin : Mouton de Gruyter.
Mel’čuk, I. (2015). Semantics: From meaning to text (Vols. 1–3). Amsterdam/Philadelphia: John Benjamins.
Prévost, S., & Carlier, A. (2021). Constructions, constructionnalisation et changement linguistique. Présentation. Langue française, 209, 9–22.
Rodríguez Somolinos, A. (2011). Présentation : Les marqueurs du discours – approches contrastives. Langages, 184, 3–12.
Schourup, L. (1999). Discourse markers. Lingua, 107(3–4), 227–266.
Traugott, E. C. (2021). A constructional perspective on the rise of metatextual discourse markers. Cadernos de Linguística, 2(1), 1–25.
Traugott, E. C., & Trousdale, G. (2010). Gradience, gradualness and grammaticalization. Amsterdam : John Benjamins.
(1) Mel’čuk a développé la théorie linguistique Sens-Texte qui s’inscrit en grande partie dans le domaine de la phraséologie (Mel’čuk, 2006 ; 2015). Ses travaux constituent d’importants classements d’unités phraséologiques qui sont employés par de nombreux auteurs dans des cadres théoriques divers.
(2) Il n’existe pas une définition unitaire de marqueur du discours admise par toute la communauté scientifique. Iln’existe pas non plus une nomenclature unifiée pour désigner ces éléments linguistiques : marqueurpragmatique, particule pragmatique, particule discursive, etc. (Traugott, 2021 : 1). Nous renvoyons au travailfondateur de Schourup (1999), et aux travaux de Fraser (1999) et de Heine (2013), par exemple, pour desdéfinitions plus ou moins larges de marqueur du discours relevant du domaine anglosaxon. Rodríguez Somolinos(2011) en fait une présentation générale en français en prenant en compte les différents courants théoriquesqui existent.
(3) La Grammaire de constructions s’est répandu initialement dans le contexte angloaméricain dans les années1990 et elle n’a été intégrée dans le contexte francophone que dans les années 2000, notamment dans ledomaine de la syntaxe, grâce aux travaux de Dominique Legallois (entre autres). Aujourd’hui, cette approche estde plus en plus utilisée.
(4) Heine, Narrog & Long (2016) réfléchissent aux différences entre grammaticalisation et pragmaticalisation.
