Appel à contributions : “Quand les influenceurs font de la « linguistique populaire » : savoirs profanes, normes et plateformes numériques, 3-4 décembre, Bruxelles

Appel à contributions : “Quand les influenceurs font de la « linguistique populaire » : savoirs profanes, normes et plateformes numériques, 3-4 décembre, Bruxelles

Quand les influenceurs font de la « linguistique populaire » : savoirs profanes, normes et plateformes numériques

3 et 4 décembre 2026

UCLouvain – Saint-Louis Bruxelles

Dans le monde scientifique, les recherches consacrées à la « linguistique populaire » constituent un champ d’étude encore récent. Bien que le linguiste Henry Hoenigswald ait plaidé, dès 1966, pour que l’on s’intéresse aux réactions des locuteurs ainsi qu’à leurs commentaires métalinguistiques (1966, 20), la communauté scientifique ne s’approprie pas immédiatement les idées de ce chercheur (Achard-Bayle & Paveau, 2008 : 6). Il faut attendre la thèse d’habilitation de Gerd Antos (1996) ainsi que l’ouvrage Folk Linguistics de N. Niedzielski et D. Preston (2000) pour que cette sous-discipline soit véritablement reconnue.

La recherche francophone, quant à elle, tarde à s’emparer de la linguistique populaire, comme en témoigne l’absence de consensus terminologique au début du XXIe siècle : linguistique profane, linguistique non savante ou encore linguistique « hors du temple », etc. (Becker, 2024). Toutefois, dès 2005, Marie-Anne Paveau, chercheuse pionnière de la linguistique populaire francophone, pose les jalons terminologiques et scientifiques de cette sous-discipline (Voir également le numéro de Pratiques (2008) qu’elle codirige avec Guy Achard-Bayle). Récemment, le Manuel de linguistique populaire (Becker, Herling & Wochele, 2024), témoigne d’un véritable engouement scientifique pour les savoirs des locuteurs profanes.

Si la linguistique populaire s’instaure tardivement dans le paysage des sciences du langage, les locuteurs, eux, commentent la langue française depuis au moins le XVIIe siècle – qu’il s’agisse des « remarqueurs » (Ayres-Bennett & Seijido, 2011), des chroniqueurs du XIXe siècle (Cellard, 1983) ou, plus récemment, des influenceurs présents sur les réseaux sociaux. L’un des principaux objectifs de la linguistique populaire, qu’elle adopte une perspective diachronique ou synchronique, est d’établir une typologie des locuteurs non spécialistes quiformulent des jugements et des remarques métalinguistiques. Pour répondre aux questions « Qui sont les auteurs des jugements ? » et « Quelles sont leurs connaissances de la langue française ? », les chercheurs s’appuient sur le continuum des savoirs linguistiques proposé par M. -A. Paveau en (2008), qu’ils adaptent selon leurs besoins (Voir notamment Paveau, 2021 ; Stegu, 2024 ; Vicari, 2024).

La linguistique populaire s’attache également à caractériser le contenu des propos métalinguistiques, en soulevant plusieurs interrogations : quels aspects de la langue retiennent l’attention des locuteurs profanes ? Quelles idéologies linguistiques transparaissent dans leurs discours ? Quel rapport entretiennent-ils avec la norme ? Les réponses que les linguistes de profession apportent à ces questions sont loin d’être univoques. Certains soulignent que les locuteurs populaires « ne s’intéressent qu’à une sélection très restreinte de sujets, surtout liés à des problèmes de norme […] et/ou aux différents statuts de langues régionales ou variétés linguistiques […] » (Stegu, 2024 : 85), ou encore que le « savoir folk est minimal, en ce qu’il n’aborde que très peu de sujets (et beaucoup d’entre eux de manière inexacte) ; l’impossibilité vient de ce que beaucoup de choses qui sont d’un grand intérêt linguistique restent invisibles pour les locuteurs folk » (Preston, 2008 : 3). En revanche, d’autres, comme Dietmar Osthus, constatent l’hétérogénéité des approches, la diversité des sources analysées et celle des activités métalinguistiques des « profanes ». Les sujets traités varient entre des réflexions sur les discours normatifs, les politiques linguistiques, les « fautes linguistiques » et la défense des langues régionales (2018 : 22).

Ce colloque prend précisément pour objet ces deux questionnements. D’une part, dans un contexte où les savoirs linguistiques se diffusent massivement et rapidement sur les réseaux sociaux numériques, il parait urgent d’identifier les principaux influenceurs-linguistes : qui sont-ils ? Quelles sont leurs intentions ? Manifestent-ils l’idéologie puriste, et à quel degré ? Comment construisent-ils leur autorité (Vicari, 2021) ? L’imaginaire linguistique des influenceurs les plus suivis diffère-t-il de celui de leurs homologues moins populaires ?

D’autre part, il convient de s’interroger sur les thématiques linguistiques que ces influenceurs privilégient. Se cantonnent-ils aux anglicismes, ou abordent-ils également l’étymologie et la néologie ? Recourent-ils à l’injonction ou préfèrent-ils la description ? Le savoir folk des influenceurs est-il véritablement « minimal » ?

La thématique du colloque étant délibérément large, les propositions de communication pourront porter sur un ou plusieurs influenceurs, toutes plateformes confondues (X, Facebook,Instagram, TikTok, etc.). La diversité des approches et des perspectives linguistiques est encouragée : perspective « écologique » (Paveau, 2017), diachronique, comparative, argumentative, entre autres.

Chaque intervention durera 20 minutes et sera suivie de 10 minutes de questions. La langue de communication est le français. Le colloque se déroulera exclusivement en présentiel.

Format des propositions

Les propositions de communication (300 mots maximum + 3 mots-clés et une courte bibliographie) doivent être envoyées aux adresses suivantes : anne.dister@uclouvain.be et samuele.velardo@uclouvain.be avant le 30 juin 2026.

Conférences plénières
Marie-Anne Paveau, Université Sorbonne Paris Nord
Gilles Siouffi, Sorbonne Université
Avec la participation d’un instagrameur

Comité d’organisation
Anne Dister, UCLouvain Saint-Louis Bruxelles
Dominique Longrée, ULiège
Samuele Velardo, UCLouvain Saint-Louis Bruxelles

Comité scientifique
Anne Dister, UCLouvain Saint-Louis Bruxelles
Dominique Longrée, UCLouvain Saint-Louis Bruxelles
Thomas François, UCLouvain
Philippe Hambye UCLouvain
Stefano Vicari, Université de Gênes
Thomas Verjans, Université Toulouse Jean Jaurès
Gudrun Ledegen, Université Rennes 2
Wim Remysen, Université de Sherbrooke

Calendrier
Diffusion de l’appel à communication : mai 2026
Date limite d’envoi des résumés : 30 juin 2026
Notification aux auteurs : 1re semaine de juillet 2026

Colloque : jeudi 3 décembre 2026 et vendredi 4 décembre 2026

Références bibliographiques

ACHARD-BAYLE Guy & PAVEAU Marie-Anne (2008), « Présentation. La linguistique “hors du temple” », Pratiques, n°139-140, p. 3-16.

ANTOS Gerd (1996), Laien-Linguistik. Studien zu Sprach- und Kommunikationsproblemen im Alltag ; am Beispiel von Sprachratgebern und Kommunikationstrainings, Tübingen, Niemeyer.

AYRES-BENNETT Wendy & SEIJIDO Magali (2011), Remarques et observations sur la langue française. Histoire et évolution d’un genre, Paris, Classiques Garnier

BECKER Lidia (2024), « Introduction : réflexions théoriques et historiographiques sur la linguistique populaire », dans L. Becker, S. Herling et H. Wochele (éds), Manuel de linguistique populaire, Berlin/Boston, De Gruyter, p. 1-36.

CELLARD Jacques (1983), « Les chroniques de langage », dans É. Bédard et J. Maurais (éds), La norme linguistique, Québec/Paris, Conseil de la langue française/Le Robert, p. 651-666.

HOENIGSWALD Henry (1966), « A proposal for the study of folk linguistics », dans W. Bright (éd.), Sociolinguistics, La Haye, Mouton, p.16-26.

NIEDZIELSKI Nancy & PRESTON Dennis R. (2000), Folk Linguistics. Berlin/New York, Mouton de Gruyter.

OSTHUS Dietmar (2018), « À la recherche du “locuteur ordinaire” : vers une catégorisation des métadiscours », Les Carnets du Cediscor, n°14, p. 18-32.

PAVEAU Marie-Anne (2008), « Les non-linguistes font-ils de la linguistique ? Pratiques, n°139-140, p. 93-109.
– (2017), L’analyse du discours numérique. Dictionnaire des formes et des pratiques, Paris, Hermann.
– (2021), « Nouvelles propositions sur la linguistique populaire. Métadiscours militants et enfants- linguistes», dans R. Leiser Baronas et M. Inês Pagliarini Cox (éds), Linguistica popular/ Folk Linguistics : Práticas, proposições e polêmicas, São Carlos, Pontes editores, p. 1-15.

PRESTON Dennis R. (2008), « Qu’est-ce que la linguistique populaire ? Une question d’importance », Pratiques, n°139-140, p. 1-24.

STEGU Martin (2024), «“Linguistes” vs “non-linguistes”

Manuel de linguistique populaire, Berlin/Boston, De Gruyter, p. 77-93.», dans L. Becker, S. Herling et H. Wochele (éds),

VICARI Stefano (2021), « Introduction : Autorité et Web 2.0 », Argumentation & Analyse du Discours, n°26, p. 1-17.
– (2024), Compte-rendu du Manuel de linguistique populaire, L. Becker, S. Herling et H. Wochele (éds), Circula, n°19, p.144-148.