Appel à contributions : Abus des mots et critique du langage dans l’histoire de la linguistique (16-19/06/27, Allemagne)

Appel à contributions : Abus des mots et critique du langage dans l’histoire de la linguistique (16-19/06/27, Allemagne)

Abus des mots et critique du langage dans l’histoire de la linguistique

16-19 juin 2027, Allemagne

 

Date : 16-19 juin 2027
Lieu : Flensburg, Allemagne
Contact : Prof. Dr. Cordula Neis <cordula.neisuni@flensburg.de>
Mail de l’événement : languageabuse2027@uni-flensburg.de
Date de soumission : 01 juillet 2026

Modalités de soumission et format :

Toutes les personnes intéressées, et en particulier celles qui souhaitent présenter une communication, sont priées de s’inscrire le plus rapidement possible, et au plus tard le 01/07/2026, en envoyant le titre de leur intervention ainsi qu’un résumé (abstract) d’environ 200 à 300 mots (en français, allemand ou anglais) à l’adresse électronique suivante :

languageabuse2027@uni-flensburg.de

La durée des communications sera de 30 minutes maximum (suivies d’une discussion d’environ 15 minutes). Les langues de présentation et de discussion sont le français, l’allemand et l’anglais. Nous vous informerons de la sélection des interventions ainsi que des modalités de transport et d’hébergement au début du mois d’octobre 2026.

Argumentaire :

Du 16 au 19 juin 2027, se tiendra à l’Europa-Universität Flensburg (EUF) le colloque international intitulé « Abus des mots et critique du langage dans l’histoire de la linguistique ». Les thématiques des interventions peuvent s’étendre de l’Antiquité à nos jours. Les approches interdisciplinaires sont également les bienvenues.

Depuis le Cratyle de Platon, la question de l’antagonisme entre les mots et les choses occupe une place centrale dans les débats théoriques et critiques sur le langage. Dans ce contexte, l’Europe du XVIIe siècle a vu naître un intérêt accru pour la critique du langage et la question de l’abus des mots. En introduisant l’empirisme et sa dimension inductive et expérimentale — par opposition aux axiomes de la scolastique —, Bacon révolutionne la pensée scientifique moderne. Ce faisant, il ouvre la voie à un profond scepticisme linguistique, considérant le langage comme un obstacle au processus de connaissance humaine.

S’inscrivant dans la lignée de Bacon et de Hobbes, John Locke consacre à la fin du XVIIe siècle une analyse approfondie à la critique du langage et plus particulièrement à l’« abuse of words » dans son Essay Concerning Human Understanding (1690). Leibniz y répondra directement par ses Nouveaux essais sur l’entendement humain (publiés à titre posthume en 1765).

Les discussions sur l’abus des mots atteignent leur apogée lors des Lumières françaises, notamment dans les écrits de Condillac, Helvétius, Voltaire ou encore Rousseau. Pour ce dernier, l’inégalité apparue avec la civilisation s’est installée, entre autres, grâce à l’abus des mots. Selon Rousseau, la structure de pouvoir de la classe dominante repose sur le caractère illusoire de termes prétendument justes tels que propriété, bien public, patrie ou citoyen, qui ne servent en réalité que d’euphémismes pour masquer les rapports de force réels.

Le débat sur la signification politique et sociale des mots prend une tournure explosive lors de la Révolution française. Celle-ci fut d’emblée une « logomachie », une « guerre des mots », pour laquelle les philosophes avaient préparé le terrain tout au long du siècle. L’« abus des mots » devient alors un enjeu de luttes politiques entre révolutionnaires et contre-révolutionnaires, se disputant le « sens véritable » de termes comme liberté, peuple, aristocratie, souverain ou propriété, et s’accusant mutuellement de manipuler le langage pour séduire le peuple.

L’expérience de la Révolution française a mis en évidence que le langage politique, au sens de Rousseau, était devenu un attribut du pouvoir et, par là même, le privilège du plus fort. Si cela a d’une certaine manière clos le débat tel qu’il était mené par les philosophes jusqu’alors, la critique du langage est restée un objet fondamental de la réflexion philosophique jusqu’à l’époque moderne. En s’interrogeant sur les limites du langage comme limites de l’entendement, la philosophie analytique a suscité un intérêt particulier pour l’usage quotidien de la langue.

À la fin du XXe siècle, des auteurs tels que Pörksen ou Polenz ont plaidé en Allemagne pour une approche de la critique du langage s’inscrivant dans l’histoire de la linguistique et, plus concrètement, dans la description linguistique. L’idée que l’abus de langage peut servir d’instrument d’appropriation ou d’affirmation du pouvoir politique est profondément ancrée dans la conscience collective allemande, notamment en raison des souvenirs de l’époque du national-socialisme et du régime de la RDA, ainsi que par les publications sur l’actualité politique.

À notre époque, les questions de critique du langage font l’objet de débats très médiatisés dans divers pays européens, par exemple dans le contexte du politiquement correct (PC), de l’écriture inclusive ou de la féminisation du langage. Ces discussions soulèvent la question de ce qui doit être considéré comme un usage correct ou comme un abus de la langue. Face au rôle croissant de l’agitation et de la propagande sous forme de hate speech (‘discours haineux’) — particulièrement favorisé par les modes de diffusion sur Internet et souvent masqué par l’anonymat —, la critique du langage et les débats sur l’abus des mots acquièrent aujourd’hui une pertinence sociale, politique et théorique majeure.

Les contributions au colloque international « Abus des mots et critique du langage dans l’histoire de la linguistique » peuvent couvrir toutes les périodes, de l’Antiquité à l’époque contemporaine. Une analyse de la critique du langage dans l’Antiquité est tout aussi souhaitée qu’une discussion sur l’abus des mots dans le contexte des Lumières européennes ou une analyse du hate speech dans les blogs et forums Internet. Les langues du colloque sont l’allemand, l’anglais et le français.