Appel à contribution – Le genre des savoirs : apprentissage et éducation dans l’histoire européenne de l’Antiquité à l’époque contemporaine

Appel à contribution – Le genre des savoirs : apprentissage et éducation dans l’histoire européenne de l’Antiquité à l’époque contemporaine

Appel à contribution – Le genre des savoirs : apprentissage et éducation dans l’histoire européenne de l’Antiquité à l’époque contemporaine

4eme Journée d’études des jeunes chercheurs du CRHEC
organisée à l’Université Paris-Est Créteil

Date de la journée : le 16 avril 2021

Les propositions de communication sont à envoyer avant le 1er mars 2021 à l’adresse suivante : journeedoctorantcrhec@gmail.com

Les résumés sans titres ne doivent pas dépasser 1000 caractères (espaces compris) et doivent être accompagnés d’une courte présentation de l’auteur et d’une bibliographie de quelques titres. Les communications ne doivent pas excéder une vingtaine de minutes.

La sélection sera annoncée à la mi-mars 2021.

« Elle chante même mes vers en s’accompagnant de la cithare, sans suivre les leçons d’un musicien mais celle de l’amour, qui est le meilleur des maîtres » s’enorgueillissait au début du IIe siècle Pline le Jeune, à propos de son épouse Calpurnia. Cette dernière, plutôt que de suivre des cours de musique d’un individu potentiellement suspect de vouloir la séduire, dans ce rapport de pouvoir qu’est celui qui unit le maître et l’élève, apprenait par elle-même en solitaire. Elle ne semblait connaître d’autres chants que les poèmes composés par son époux. Ce rêve d’autarcie domestique, où l’éducation des femmes semble se limiter à l’œuvre de son conjoint, et où l’art de jouer d’un instrument devient inné et instinctif laisse dubitatif. Nous sommes confrontés à un vide concernant son éducation. Ce hiatus d’accès à l’apprentissage, au savoir et à l’éducation est prégnant dans l’histoire européenne de l’Antiquité à l’époque contemporaine, sujet de mieux en mieux étudié ces dernières années. L’objectif de cette journée d’études est donc d’explorer les différences d’accès au savoir selon les sexes, mais aussi les rapports d’apprentissage entre les sexes. Trois thématiques pourront être abordées : en premier lieu, il conviendra d’éclairer les acteurs et actrices de ces échanges, ainsi que les méthodes et contenus d’apprentissage différenciés selon le sexe. Un autre axe d’étude pourra être l’inégal accès des hommes et des femmes aux objets, lieux et mobilités qui permettent d’acquérir le savoir. Dans cette perspective, il sera en dernier lieu intéressant d’étudier les contournements, l’apprentissage par l’expérience en marge des institutions officielles et parfois à l’encontre de celles-ci, en somme les possibilités de franchissement des lignes et des interdits.

Tout d’abord, il apparaît que les acteurs, actrices, méthodes et contenus de l’apprentissage et de l’éducation sont différenciés selon le genre. En effet, le maître est souvent masculin par défaut, au contraire de l’élève qui peut être de l’autre sexe, comme Abélard maître d’Héloïse ou Louis Nicolas Le Tonnelier, baron de Breteuil, maître de sa fille Emilie du Châtelet. Pourtant, dans le cadre monastique par exemple, le genre du maître peut s’effacer, comme dans le cas de l’abbesse Hildegarde de Bingen au XIIe siècle, dont la renommée intellectuelle se développe bien au-delà des murs de son abbaye et dont les sermons attirent des milliers de spectateurs. Le contenu et les méthodes de l’apprentissage sont aussi en jeu : connaissances masculines et connaissances féminines peuvent être différenciées. De même, une adaptation des méthodes d’apprentissage selon le genre de l’élève peut être envisagée. Les différences de statut social seront aussi à considérer, une aristocrate n’ayant pas accès aux mêmes connaissances qu’une femme de rang social bien inférieur. De même, la classe, en particulier en situation coloniale, rentre aussi en ligne de compte dans l’accès aux savoirs. Un regard intersectionnel pourra ainsi être envisagé. Pour acquérir des connaissances, l’accès à certains lieux, mais aussi les possibilités de mobilités et la capacité d’acquérir certains objets peuvent faire la différence. L’accès des femmes aux écoles et aux universités, et même tout simplement aux bibliothèques, doit être envisagé. Mais il faut également penser aux voyages d’exploration, d’où les femmes peuvent être exclues mais qu’elles peuvent accomplir notamment en qualité d’épouses. Sans oublier les femmes parties en exploration, en opposition aux normes de leur époque, des femmes conquistadores du XVe au XVIIe siècle à l’exploratrice Alexandra David-Néel. De même, acquérir les objets et les espaces permettant d’accomplir ses recherches – la fameuse chambre à soi désirée par Virginia Woolf, mais aussi le matériel nécessaire à des expériences, l’acquisition de livres, le financement de ses travaux – peut se poser différemment selon le genre, et selon le niveau de richesses. Marie Curie bénéficie ainsi du soutien de son mari Pierre. Enfin, la question des contournements et des situations d’apprentissage en marge doit être abordée. En effet, souvent rejetées en dehors des circuits traditionnels de l’éducation, les femmes ont pu cependant acquérir des connaissances remarquables, savoirs profanes ou amateurs, par exemple dans le domaine de la médecine et de l’obstétrique avec toutes les suspicions que ces savoirs féminins peuvent engendrer. La figure de la sorcière remise à l’honneur récemment apparaît en ce sens comme une actrice de l’apprentissage en marge, sollicitée par tous pendant des siècles avant d’être persécutée à l’aube des temps modernes.

Il faudra se demander si ces apprentissages sont aussi informels qu’ils y paraissent, ou s’ils sont toujours en dialogue avec des normes d’éducation plus officielles portées par des hommes. On s’efforcera de comparer apprentissages et savoirs masculins d’un côté, féminins de l’autre, des apprentissages différents qui semblent se nourrir les uns les autres dans des ajustements complexes des rapports entre les individus.

Comité d’organisation :

Iris Pupella-Noguès, doctorante en histoire contemporaine (Université Paris-Est Créteil / Università degli Studi di Trieste)
Contact : iris.pupella.nogues@gmail.com

Gabriel Redon, doctorant en histoire du Moyen Âge (Université Paris-Est Créteil)
Contact : gabriel.redon@hotmail.fr

Marine Tesson, doctorante en histoire ancienne (Université Paris-Est Créteil)
Contact : marine.tesson@outlook.fr

Source : Calenda & RMBLF