Appel à contributions : “Le figement : fixité et défixité langagières” (Synergies Tunisie n°9)

Appel à contributions : “Le figement : fixité et défixité langagières” (Synergies Tunisie n°9)

“Le figement : fixité et défixité langagières”

Synergies Tunisie n°9 (numéro coordonné par Salah Mejri)

Argumentaire et calendrier : lien
Réception d’un titre et d’un résumé :
 mars 2026
Réception du texte définitif : août 2026
Relecture : septembre-octobre 2026
Réponse aux contributeurs : novembre 2026
Contact et envois des propositions : synergies.tunisie.redaction@gmail.com

Argumentaire :

Synergies Tunisie est une revue francophone de Sciences Humaines et Sociales internationalement indexée (Index Islamicus, linguistic Bibliography, MLA, etc.) éditée par le GERFLINT. Elle lance un appel à contributions pour son 9e numéro sur le thème suivant :

Le figement : fixité et défixité langagières 

Les travaux sur les solidarités syntagmatiques dans le langage ont connu principalement trois moments :

  • Le premier moment porte sur les modes de formation syntagmatique des unités lexicales complexes, où les notions de figement, de fixité et de phraséologie sont rarement mentionnées : c’est la période de réflexion, entamée d’abord par les lexicographes, dont notamment ceux de l’Académie française au 17e siècle et, dans la continuité, par des linguistes comme Darmesteter au 19e siècle, et Bally, Sechehaye et Guilbert au 20e siècle. L’enjeu consistait à isoler un mode spécifique de formation de mots complexes différent de celui de la composition lexicale qui repose, quant à elle, sur l’agrammaticalité et un assemblage syntagmatique marqué par la présence de l’ellipse. Façon de parler, unités formées par juxtaposition, séries syntagmatiques, syntagmes lexicalisés, etc., sont autant de dénominations qui renvoient à la même réalité linguistique des séquences figées ;
  • Le deuxième moment concerne le processus linguistique à l’origine de l’émergence de ces séquences : le figement. Tous les travaux qui ont dominé la recherche phraséologique au milieu et à la seconde moitié du 20e siècle ont cherché à interroger ce phénomène en en décrivant les manifestations, les critères et l’aspect quantitatif. La préoccupation fondamentale était orientée du côté du traitement informatique des langues. C’est dans ce cadre que se situent notamment les travaux de Gaston Gross et Maurice Gross et de leurs équipes, à qui on doit l’ensemble des tests linguistiques pour mesurer le degré de figement des séquences, les types de blocage de la combinatoire libre, l’extrême variété des unités touchées par ce processus, etc. Toujours dans la même perspective informatique, les travaux anglo-saxons, particulièrement ceux de John Sinclair (1991), ont ciblé le phénomène collocationnel sous l’angle des co-occurrences lexicales remarquées lors du traitement des corpus. À la dimension formelle du figement correspond tout un pan sémantique couvert par des recherches portant sur la structuration sémantique des séquences figées (Gertrud Gréciano 1983), leur opacité, leur transparence, leur (non-) compositionnalité, leur insertion dans le discours (Laurent Perrin 2017), leur défigement (Thouraya Ben Amor, 2021, Yauheniya Yakobovich, 2015), les synthèses sémantiques dont elles sont le siège (Mejri, 1997, 1998, etc.), etc. Dans le sillage de cette dynamique de la recherche, de nouveaux objets sont intégrés, comme les énoncés formulaires, phrastiques (notamment parémiques) et pragmatiques (cf. à titre indicatif les travaux sur les énoncés sentencieux de Georges Kleiber, Jean-Claude Anscombre, Irène Tamba, Jean-Philippe Zogboo), les phraséologismes des discours spécialisés (Laurent Gautier, 2011), etc. ;
  • Le troisième moment, actuel, qui prend ses racines évidemment dans la seconde moitié du 20e siècle, embrasse le phénomène langagier dans sa totalité. L’abondance des travaux sur la partie figée du lexique, sur les différents aspects du figement, sur le large spectre catégoriel de ce phénomène, sur les multiples configurations que les séquences concernées peuvent avoir dans le discours, sur les spécificités de leur formation et de leur fonctionnement, etc.,-bref sur la place du figement dans le système linguistique-, a donné lieu à l’émergence de nouveaux axes de réflexion, que l’on peut ramener à trois : la théorisation du phénomène phraséologique, son extension et sa dimension heuristique. La théorisation, on la doit à Mel’čuk et sa théorie Sens-Texte (cf. Igor Mel’cuk, 1999 et Alain Polguère, 2008). Le débat sur l’extension du domaine de la phraséologie est corrélé à la prise en compte de plus en plus présente de l’approche constructionnelle (cf. par exemple Dominique Legallois et Agnès Tutin, 2013) ; la dimension heuristique est posée dans le dernier numéro du Français Moderne (Salah Mejri, 2025).

C’est ce dernier aspect que nous retenons dans ce numéro de Synergies Tunisie. Il s’agit de s’interroger sur l’apport à la fois méthodologique et encyclopédique du figement. En d’autres termes, il faut répondre à des questions relatives à :

  • L’impact que les études du figement ont eu sur les approches de la recherche linguistique en général, comme les articulations du langage, le statut de l’unité lexicale, l’analyse textuelle, etc. ;
  • Les méthodes d’analyse linguistique, la répartition des champs disciplinaires et l’intégration de la dynamique langagière pour rompre avec une vision strictement fixiste de la langue ;
  • Les nouveaux objets de recherche introduits grâce à la recherche phraséologique comme les pragmatèmes, les énoncés formulaires, le phénomène collocationnel, les parémies, les actes langagiers stéréotypés, etc. ;
  • Les fonctions assurées par les phraséologismes dans la structuration textuelle : couverture phraséologique textuelle, jeux endophoriques, attracteurs prédicatifs, enchaînement prédicatif, etc. ;
  • La dimension culturelle et idiomatique de ces séquences : comment établir la corrélation entre idiomaticité et culture ? Comment isoler le culturel ? Comment l’étudier ? etc. ;
  • Les aspects universels du figement : les moules-matrices, la fixité, la fonction dénominative, la fonction identitaire, etc. ;
  • Les principes explicatifs du figement, dont le plus saillant est celui de la fixité dans le langage.

L’ensemble de ces questionnements convergent vers les deux principes de fixité et son corollaire la défixité. Les contributeurs à ce numéro sont invités à s’inspirer de ces ouvertures heuristiques pour établir le lien entre l’ensemble des manifestations phraséologiques et ces deux principes dont elles sont des objets émergents.

Sélection d’éléments bibliographiques

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Normes et consignes de la revue Synergies Tunisie

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  • Les auteurs francophones menant leurs recherches en Tunisie pourront soumettre des articles Varia. Ceux-ci seront acceptés pour évaluation, toujours dans la limite de l’espace éditorial disponible.