D’autres ressources. Lacunes canonisées, témoignages négligés : regards sur l’époque moderne (XVe Congrès de l’Association allemande des francoromanistes, Section 10)
Université de Kassel, 29 septembre – 02 octobre 2026
Date de soumission : 28 février 2026
Modalités de soumission: Nous demandons des propositions de contribution en allemand ou en français, les résumés n’excédant pas 500 mots (bibliographie exclue). La soumission des résumés se fait à l’aide du formulaire ci-joint. Veuillez envoyer votre proposition jusqu’au 31 janvier 2026 (date limite) aux adresses suivantes : eva-katharina.fezer@uni-tuebingen.de, desiree.kleineberg@uni-bielefeld.de, karina.slunkaite@rose.uni-heidelberg.de. Les notifications d’acceptation seront envoyées avant le 28 février 2026.
Co-organisation : Katharina Fezer (Université de Tübingen), Désirée Kleineberg (Université de Bielefeld), Karina Slunkaite (Université de Heidelberg)
Argumentaire :
Les corpus linguistiques constituent la base de nombreuses analyses empiriques dans différentes sous-disciplines linguistiques – aussi bien les grands corpus de référence que les innombrables corpus plus petits consacrés à des domaines et des variétés linguistiques plus spécifiques. Toutefois, la mesure dans laquelle ces corpus sont représentatifs d’une communauté linguistique ou d’une variété à un moment donné demeure incertaine. L’élaboration des corpus est souvent inévitablement marquée par des questions méthodologiques, techniques et idéologiques, susceptibles d’influencer la représentativité des résultats (Lemnitzer & Zinsmeister 2015 : 48-55). La linguistique historique, que William Labov définit comme « the art of making the best use of bad data » (Labov 1994 : 11), est particulièrement confrontée à ce problème. Les données historiques sont qualifiées de « mauvaises » parce qu’elles ne reflètent pas l’ensemble de la communauté linguistique. Ainsi, les témoignages linguistiques oraux produits avant l’invention de dispositifs d’enregistrement sonore adéquats sont irrémédiablement perdus. L’orientation historique des archives, qui jusqu’au XIXe siècle servaient principalement un objectif administratif et juridique (Friedrich 2013 : 24), contribue également au caractère lacunaire des données : les documents non officiels ou produits par des groupes socialement défavorisés étaient jugés indignes d’être conservés (Frank-Job & Selig 2016).
Ce problème est particulièrement marquant pour l’étude du français dit « classique ». L’époque concernée se caractérise notamment par les efforts de normalisation menés par les cercles littéraires courtois, qui souhaitaient codifier et implémenter une variété idéalisée du français, c’est-à-dire le bon usage (Funk et al. 2018). En conséquence, de nombreuses histoires de la langue présentent cette période comme une évolution linéaire vers une norme universellement respectée. Aussi compréhensible que soit une telle représentation, elle occulte néanmoins la diversité des formes que la langue populaire, encore en pleine émancipation, a prises sous l’influence des bouleversements sociaux, culturels, économiques, techniques et politiques. Il faudrait donc recourir à des données qui représentent ces branches de développement (Ayres-Bennett 2014 ; Combettes 2014 ; Siouffi 2019).
Il est encourageant de constater qu’un nombre croissant de travaux scientifiques abordent cette problématique de manière explicite. Ainsi, le corpus sur lequel se fonde la Grande grammaire historique du français (2020) a été délibérément constitué à partir de textes de nature diverse. De même, les ouvrages collectifs dirigés par Baudry & Caron (1998), Ayres-Bennett et al. (2018) et Selig & Linzmeier (2023) traitent des dynamiques au-delà des cercles littéraires courtois ainsi que des types de textes jusqu’alors négligés.
Dans la section envisagée, nous souhaitons poursuivre sur cette voie en focalisant l’époque moderne. Les contributions sont donc bienvenues dans les domaines suivants :
Méthodologie :
– Comment appréhender, de manière générale, le caractère non-représentatif et incomplet des corpus ? Quelles sont les approches (plus récentes) pour combler les « lacunes » dans la base de données ? Quelles marges de manœuvre subsistent lorsque l’accès à des sources différenciées est impossible ?
– Quels « autres » types de sources existent et comment peuvent-ils être identifiés et exploités de manière fructueuse ?
– Comment dévoiler et briser les mécanismes de formation du pouvoir ?
Gestion des données :
– Comment concevoir une gestion des données de recherche réussie et sensible au canon des données ?
– Comment démocratiser les corpus et leur accès ?
– Quel est le rapport entre les types de sources « anciennes » / « traditionnelles » et « nouvelles » / « autres » dans la constitution du corpus ?
Études de cas :
– Quelles conclusions peut-on tirer des études de cas qui s’appuient sur des sources marginalisées, sur d’« autres ressources » ?
– Comment les compositions conventionnelles du corpus peuvent-elles être problématisées ou complétées par des analyses concrètes ?
Références:
Ayres-Bennett, Wendy. 2014. From l’usage to le bon usage and back: Norms and usage in seventeenth-century France. In: Gijsbert Rutten et al. (éds.): Norms and usage in language history, 1600–1900: A sociolinguistic and comparative perspective, Amsterdam, Philadelphia: John Benjamins, pp. 173–200.
Ayres-Bennett, Wendy, et al. (éds.). 2018. Nouvelles voies d’accès au changement linguistique. Paris: Classiques Garnier.
Baudry, Janine / Philippe Caron (éds.). 1998. Problèmes de cohésion syntaxique de 1550 à 1720. Limoges: Presses Universitaires Limoges.
Combettes, Bernard. 2014. Diachronic linguistics and electronic corpora. French through corpora. Ecological and data-driven perspectives. In Henry Tyne et al (éds.): French language studies, Newcastle upon Tyne: Cambridge Scholars Publishing, pp. 2–11.
Frank-Job, Barbara / Maria Selig. 2016. Early evidence and sources. In Adam Ledgeway et al. (éds.): The Oxford guide to the Romance languages, Oxford, New York: Oxford University Press, pp. 24–34..
Friedrich, Markus. 2013. Die Geburt des Archivs: Eine Wissensgeschichte. München: Oldenbourg Verlag.
Funk, Johannes, et al. 2018. Sprachpurismus und Sprachkritik im Französischen. In Ekkehard Felder et al. (éds.): Handbuch europäische Sprachkritik online: Sprachpurismus und Sprachkritik, vol. 3, pp. 103–110.
Labov, William. 1994. Principles of linguistic change: Internal factors, vol. 1. Oxford: Blackwell.
Lemnitzer, Lothar / Heike Zinsmeister. 2015. Korpuslinguistik: Eine Einführung, 3ème éd. Tübingen: Narr.
Marchello-Nizia, Christiane, et al. (eds.). 2020. Grande grammaire historique du français. Berlin, Boston: De Gruyter.
Selig, Maria / Laura Linzmeier (eds.). 2023. Expertenkulturen und Standardisierung: Romanische Sprachen in der Frühen Neuzeit. Berlin: Erich Schmidt Verlag.
Siouffi, Gilles. 2019. Ambiguïtés de la norme et réticences face à la prescription à la fin du XVIIe siècle en France. Histoire épistémologie langage 41(2), pp. 25–40.
